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La plus drôle des créatures

Comme le scorpion, mon frère,
tu es comme le scorpion
dans une nuit d’épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
tu es comme le moineau
dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
tu es comme la moule
enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
comme la bouche d’un volcan éteint.

Et tu n’es pas un, hélas,
tu n’es pas cinq,
tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
quand le bourreau habillé de ta peau,
quand le bourreau lève son bâton

tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
plus drôle que le poisson
qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s’il y a tant de misère sur terre,
c’est grâce à toi, mon frère.
Si nous sommes affamés, épuisés,
si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
pressés comme la grappe pour donner notre vin,
irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute? Non,
mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

Nâzim Hikmet

Après l’heure ce n’est plus ..

L’heure!

En mettant de l’ordre dans mes vieux disques durs, je suis tombé sur un fichier, créé le 12 mai 2003, si j’en crois son timestamp. Le fichier décrit un de mes projets de l’époque, qui répondait au doux nom de code: ‘blablabla’.

L’idée était simple. Après enregistrement, chacun dispose d’un canal où il peut écrire tout ce qu’il lui passe par la tête. Et en s’abonnant à un canal, on peut lire le blabla de l’auteur.

Eh bien la prochaine fois, je m’efforcerai de concrétiser un peu plus tôt, promis, juré.

Mais dis retiens- ..

La!

Elle s’en va.
Allons insiste.
Elle est partie.

Elle s'en va..

Si elle est partie, alors tant pis.

Moi aussi je t’aime – II

- Vous êtes tous deux des nuls!! Vous ne méritez pas une seule seconde votre réputation!! Putain mais comment est-ce que j’ai pu vous faire confiance?!

- Euh… Nino, il y a un truc qui s’est pas bien passé?

- Quoi?! Non mais c’était super, comme sur des roulettes! Je suis fou de joie, ça ne se voit pas?

Il ironisait, bien sûr. Eddy et Théo s’attendaient bien à ce que leur ne marche pas au poil, mais pas à voir Nino dans cet état. Le visage serré, le regard noir, il ne cessait de faire des aller-retours dans la pièce, ne s’arrêtant que pour vociférer sa colère. Après quelques minutes, il s’était immobilisé devant eux.

- Écoutez les gars, j’ai fait tout ce que vous avez demandé, comme vous avez demandé. Je lui ai dit ce qu’on avait convenu, et vous savez ce qu’elle a répondu? Vous savez ce qu’elle a répondu?

- Tu vas peut-être nous le dire enfin?

Lorsque Nino le leur avait dit, ça avait fait l’effet d’une bombe. Sous le choc, Théo était resté avec les yeux et la bouche en O, tandis que Eddy avait failli tomber de sa chaise. Impossible, Lenaëlle ne pouvait pas avoir dit ça. Pas elle. Pourtant en y pensant, seule une phrase de ce genre pouvait mettre Nino dans cet état. Comment à eux deux ils avaient pu se tromper à ce point? Jamais ils ne l’auraient imaginer. Pas Lenaëlle. Pas à Nino. Impossible.

- Et tu as répondu quoi?

- Qu’est ce que tu veux répondre à ça? Je suis parti.

- Écoutes Nino, c’est vrai que c’est grave, très grave même, mais on va pas lâcher l’affaire. On va reprendre tout depuis le début, vérifier chaque détail, jusqu’à ce qu’on trouve pourquoi on n’a pas vu ça venir, ok? Théo! Réveille-toi, on a du pain sur la planche.

Cela faisait bientôt un quart d’heure qu’ils planchaient sur le problème, lorsque la porte s’était mise à grincer, puis à s’ouvrir tout doucement, pour laisser apparaître un silhouette féminine: Lenaëlle. Et pour la deuxième fois, Théo s’était retrouvé avec la bouche et les yeux en O. Lenaëlle, quant à elle, avait parcouru la pièce du regard, puis avait lâché, sur un ton très calme qui contrastait avec la tension ambiante:

- Ah, c’est donc de vous qu’il parlait? D’ailleurs, pourquoi est-ce que je ne suis pas surprise?

- Lenaëlle, écoutes, ce n’est pas ce que tu penses…

- Parce que tu crois savoir ce que je pense?

- Euh … non, ce n’est pas ce que je voulais dire. En fait, c’est parce que …

- Te fatigues pas, Eddy, ce n’est pas toi que je suis venue voir. J’ai juste deux mots à te dire, Nino. Vous pouvez nous laisser seuls?

- Bien sûr. Théo! Théo! Réveille-toi, il faut qu’on y aille.

Théo et Eddy étaient partis, laissant Nino seul en face de Lenaëlle. Il s’en était suivi quelques instants de silence, pendant lesquels Nino se préparait mentalement, parce qu’il pressentait que les minutes qui allaient suivre seraient parmi les plus déterminantes de sa jeune vie. L’enjeu valait largement la chandelle; et il fallait assurer.

- Écoutes, Lenaëlle, je sais que tu vas trouver ce qui s’est passé un peu bizarre, mais…

- Est-ce que tu le pensais vraiment?

- Quoi!?

- Ce que tu m’as dit, est-ce que tu le pensais vraiment?

Droit au but, sans détour. C’était bien Lenaëlle.

- Mais bien sûr, je pense très sincèrement chaque mot de ce que je t’ai dit. Mais je ne pouvais pas imaginer une seule seconde que ça pouvait se terminer de cette façon. Tu comprends? Lenaëlle, tu es… tu  es tellement… Et moi, je ne suis pas si… Tu comprends?

Les mots lui manquaient pour exprimer sa pensée. Et ça, Lenaëlle le comprenait.

- Oui, je comprends très bien. Tu es une espèce d’idiot qui n’a aucune idée de sa vraie valeur.

- Je reconnais que je me suis planté lamentablement.

- Mais non, ne racontes pas n’importe quoi. Viens-là, mon grand.

Aucun mot ne saurait décrire avec précision ce qui s’est passé ensuite. Au début, Nino avait cru qu’il allait s’évanouir. Ensuite, il avait tressailli de tout son être, comme traversé par une puissante décharge électrique. Enfin, il avait réussi à reprendre le dessus, dirigeant même les débats de main de maître. Ou de bouche de maître, devrait-on dire pour être plus précis. Une minute à peine s’était écoulée, mais lorsqu’il était sorti de là, Nino s’était senti devenir un autre homme, plein d’assurance. Il était conscient de ce qu’avoir une personne a ses côtés impliquait comme responsabilités, et il savait que désormais, quoi qu’il fasse dans sa vie, il le ferait pour deux(*).

- Au fait, la dernière petite phrase que tu as prononcée tout à l’heure avant que je ne parte, je ne suis pas sûr de bien me souvenir. Tu pourrais me la redire, s’il te plaît?

- J’hésite. Tu es sûr d’être capable d’encaisser ça?

- Mais oui! Pour qui tu me prends?

- Je m’inquiète juste pour toi, parce que quand je l’ai dit tout à l’heure, tu as ouvert grandement la bouche comme si tu manquais d’air, puis tu as fait ce qui ressemblait à une crise d’apoplexie, ensuite tu t’es subitement calmé, tu t’es excusé très poliment comme quoi il fallait que tu ailles de toute urgence chercher des trombones, et enfin tu es parti en courant et en hurlant “Je vais les tuer, ces salauds! Ils m’ont trompé, je vais les massacrer”. Je n’ai pas envie que tu meures, moi. Ni que tu ailles tuer des gens.

- Ah bon? C’est bizarre, je ne me souviens pas du tout de ça, moi. Tu es bien sûr que c’était moi?

Sacré Nino. Pour toute réaction, Lenaëlle avait plié son poing et l’avait pressé doucement sur la poitrine de Nino, juste au niveau du coeur. Elle l’avait ensuite enlacé, et s’était légèrement hissée sur la pointe du pied pour lui murmurer tout doucement à l’oreille:

- Moi aussi je t’aime.

(*) Vrai.

Malheur au fils qui ..

Ne fait pas mieux que le père.

La plupart des lectrices et lecteurs reconnaitront sans aucune peine ce dicton africain. Mais je ne sais pas si tous en réalisent l’importance ou la portée. En fait, c’est la condition sine qua non d’évolution de toute société humaine.
Bien sûr on peut se contenter de prendre le dicton au pied de la lettre, et dire, voilà, l’enfant doit faire au moins aussi bien que ses parents qui l’ont mis au monde.

Mais je crois que l’esprit du dicton est bien plus subtil que cela. Le fils, l’enfant ici, c’est la generation actuelle et les parents la génération passée. Malheur donc à la génération qui ne fait pas mieux que la précédente.

Si vous êtes bon dans votre art, il est de votre DEVOIR de veiller à transmettre votre savoir. C’est pour cela qu’il m’arrive de pester contre ces musiciens africains, chevronnés, oui carrément maîtres de leur art, à qui il n’est jamais venu l’idée d’ouvrir une université des arts de la danse et de la musique, pour justement transmettre leur art et leur savoir(-faire) accumulé au cours des ans.

J’ai pris l’exemple des artistes, mais cela est valable pour tous.
Si pour une raison d’égo vous ne faites rien pour encourager la génération qui vous suit à vous dépasser, alors vous êtes un imbécile. Un imbécile qui n’a pas compris que si la génération qui vous suit n’est pas meilleure que vous, alors cela signifie que votre art regresse. Ou tout au moins, fait du sur-place.

Malheur au fils qui ne fait pas mieux que le père, car il pose les jalons de la régression de son peuple.
Dans 25-30 ans quand nous passerons le relais à la génération suivante, malheur à nous si n’aurons pas fait mieux que la génération de nos pères.

Unite Or ..(6)

DIE!

So, africa, unite, africa, unite
Unite for the benefit of your people
Unite for its later than you think
..
Unite for the africans abroad, unite for the africans a yard
Africa, unite

Africa Unite, Bob Marley

La preuve par l’adversaire(*)

Voici un bon bout de temps déjà que j’avais arrêté de m’intéresser aux débats des camerounais, surtout ceux de la diaspora, sur les sujets qui touchent à la situation de notre pays. J’avais arrêté, ou alors je suivais ça de loin, parce qu’un simple coup d’oeil permettait généralement de faire le même constat: rien de nouveau. Ou alors, un de temps à autre qui trouvait une façon encore plus originale de profiter de la pluie pour chier dans le torrent. Depuis quelques jours cependant, ces sujets reviennent aux devants de mes préoccupations parce que pour la première fois depuis très longtemps, vraiment très longtemps, j’ai lu quelque chose de nouveau, mais aussi de pertinent les concernant.

L’article est sur le net depuis quelques jours déjà. Il est signé de Suzanne Kala Lobé, journaliste camerounaise. Sur cameroon-info.net, l’article compte 121 réactions à l’heure où j’écris ces lignes, signe qu’il a touché quelque part où à défaut de faire mal, il fait au moins réagir. Et comme il fallait s’y attendre, il s’est trouvé dans la diaspora quelques plumes pour  user du droit de réponse. On trouve les réactions, du moins celles dont j’ai eu connaissance, , , et enfin . Après les avoir lues, je m’auto-proclame un instant juge pour disqualifier les deux premières pour coups en dessous de la ceinture, et la troisième pour hors sujet. On va donc s’intéresser uniquement à la dernière, ou plutôt à un détail dans la dernière que j’ai trouvé assez révélateur.

Avant d’y arriver, je crois qu’on aura tous compris que je souscris presqu’entièrement au propos de Suzanne Kala Lobé, à la différence que je ne logerais pas toute la diaspora à la même enseigne. Il en existe qui mènent des actions remarquables au pays, obtiennent des résultats encourageants voire satisfaisants. On doit toutefois reconnaître que ces cas tiennent plus de l’exception que de la règle. Donc disé-je, un détail dans le dernier article a attiré mon attention; disons plutôt deux détails, puisqu’il s’agit des deux derniers points du mémorandum(**), que je reprends ici.

- aménager des centres d’exploitation et de financement par la diaspora de grands projets au Cameroun (usines, etc.)
- faciliter les Camerounais de l’extérieur à investir au Cameroun, agréments rapides, titres fonciers.

Ces deux lignes suffisent amplement à donner raison à Suzanne Kala Lobé. Parce que c’est vraiment mal connaître le camerounais, mal connaître ses manies, et mal connaître son rapport à la diaspora et son rapport à ce qui relève du pécuniaire, que d’imaginer qu’il va se lever un matin et octroyer comme-ça, sans contre-partie aucune, des avantages exclusifs à la diaspora. Pour illustrer, il y a des camerounais qui ont proposé, plusieurs fois, à des responsables d’universités, de venir partager gratuitement leur savoir avec des étudiants, sous forme de travaux dirigés express ou de conférences. Chaque fois qu’ils ont reçu des réponses, ça a été pour leur opposer un refus catégorique, pour des motifs divers.

Derrière cette première erreur se cache une autre, et il s’agit là d’un avis personnel. Qu’on se le dise, être de la diaspora, quelque soit la définition que l’on donne à ce terme,  ne relève en aucun cas du mérite. Contrairement au fait par exemple d’avoir obtenu un diplôme d’une université reconnue, d’avoir fait ses preuves dans une entreprise reconnue, dans un domaine reconnu, ou bien d’avoir soi-même monté une activité pérenne. Dès lors, obtenir des avantages de quelque nature que ce soit sur la seule base de cette particularité relève de l’arbitraire et de l’injustice, qui sont justement ces maux qu’il est de bon ton de dénoncer dans la diaspora lorsqu’on discute de la situation du Cameroun.  On peut s’étonner dès lors qu’en même temps qu’on demande des changements, que l’on affiche, très certainement de façon inconsciente, des comportements qui sont ceux qu’on affirme vouloir changer. On peut même se demander si cela ne dérive pas d’un certain complexe de supériorité de la diaspora; mais je laisse cette question à des spécialistes du comportement humain. Il n’en demeure pas moins, pour ceux qui connaissent un peu le Cameroun, qu’il suffirait de donner cette impression lorsqu’on s’y trouve pour que les barrières les plus insoupçonnées de lèvent pour bloquer des initiatives, aussi brillantes soient-elles.

Je vois d’ici les mauvaises langues me tomber dessus en hurlant à la mort, et me classant illico dans leurs longues listes des gens qui parlent, mais ne font rien. Alors, je propose comme ça que dans le mémorandum sus-cité, que l’on demande des facilités à investir pour tout camerounais, quelque soit son pays d’attache (y compris le Cameroun donc), désireux d’investir dans son pays, pour peu qu’il ait fait montre de réelles capacités à mener le projet qui est le sien. Et de même, lorsque l’on se bat, que ce soit pour tous les camerounais sans distinction. En pratique, on en reviendra finalement au même point, car la puissance de frappe financière et intellectuelle de la diaspora camerounaise n’est plus à démontrer. Cependant, on aura évité de froisser la susceptibilité de gens dont la capacité de nuisance n’est pas non plus à démontrer.

(*) La preuve par l’adversaire, c’est ce qui arrive lorsqu’une personne souhaitant combattre une idée se comporte dans le même temps, très souvent de façon inconsciente, de façon à la conforter. Je n’ai pas cherché, mais je doute fort que ce concept ait été ainsi nommé avant que cet article ne soit écrit.
(**) Je n’ai pas très bien saisi au nom de qui l’auteur parle en disant notre mémorandum. Du coup, je parle simplement du mémorandum.

La citation du jour

Everything should be made as simple as possible, but not simpler.

Albert Einstein

Le programme F-22 et la connerie ..

Humaine!

Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais le programme du chasseur F-22 américain va être abandonné. L’abandon du programme en soi n’est pas l’objet de mon billet, mais plutôt certaines manifestations de la connerie humaine.
J’ai un peu suivi les rapports des débats parlementaires et les dépêches de journaux. Je résume.

Eh bien voilà. Il se trouve que l’armée de l’air américaine n’en voulait pas (ou plus, peu importe) du programme F-22. Mais le complexe militaro-industriel, lui si, pour des raisons évidentes d’appat du gain.
Ces malfaisants en touchent donc deux mots aux congressistes à leur solde qui vont au sénat défendre bec et ongle la poursuite du programme.
- (l’armée de l’air) on n’a pas besoin du programme F-22.
- (con-gressiste rippoux) ah ouais, eh ben nous on va quand même continuer de voter des sous pour ca.
- (armée de l’air) mais puisqu’on vous dit qu’on n’en a pas besoin!
- (con-gressiste rippoux) mais si on arrête le programme, on va envoyer des gens au chômage.

Tan daaann !!!!!

Vois moi le raisonnement des enf..*bip* de p..*bip*, enc..*bip* de leurs *biiiiip* !
Alors comme ca, il faut continuer de produire des armes de guerre dont on a pas besoin, de l’avis même des militaires, juste parce que certains iront en chômage sinon?!
Quelle bande de fumistes.

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