Maintenant que vos fils et vos filles vont la main dans la main

Il y a quelques années alors que j’étais encore en fac à Yaoundé, deux ingénieurs de deux grosses boîtes sont venus nous faire une présentation commune sur l’état et les évolutions des technologies réseaux. Ladite présentation avait frôlé la perfection, tellement elle était instructive pour l’étudiant que j’étais. C’est dire si les deux intervenants s’accordaient à merveille dans leurs exposés. Et pendant que nous discutions après l’exposé, on leur a fait remarqué que leurs sociétés respectives étaient concurrentes sur le marché. Ce à quoi l’un d’eux a répondu que c’était certes le cas, mais lorsque leurs intérêts respectifs l’imposaient, ils n’hésitaient pas à travailler ensemble. A travailler à fond ensemble, dirais-je, au vu de la qualité de leur exposé.

Pour quoi je raconte ça? Vous connaissez certainement le site de l’Interop Ability Lab. Il s’agit d’un projet conjoint de Microsoft et Novell visant à ce que leurs produits respectifs puissent fonctionner ensemble de façon optimale. Rappelons que Microsoft, c’est Windows, c’est la culture du logiciel propriétaire, tandis que Novell, c’est (désormais) Linux et les logiciels libres. Deux mondes qui pendant longtemps se sont méfiés, défiés, affrontés de façon plus ou moins virulente, mais qui aujourd’hui se rapprochent et vont la main dans la main.

Quels sont les facteurs qui peuvent être à l’origine d’un tel rapprochement. On peut certainement en trouver plusieurs, mais à mon sens il y en a deux qui prédominent. Le premier, c’est la pression des utilisateurs. Les solutions libres sont arrivées à une maturité qui leur permet de tenir dans des environnements critiques. Les serveurs Apache, Sendmail, Postfix ou OpenLDAP par exemple sont très souvent choisis à la place de leur équivalent propriétaires. Or de nombreuses entreprises qui ont opté pour une solution libre souhaitent néanmoins conserver des solutions propriétaires déjà présentes et fonctionnelles dans leur système d’information. D’où le besoin d’interopérabilité entre solutions libres et propriétaires. Le deuxième facteur est l’entrée de grandes entreprises telles que Sun ou Novell dans le monde du libre. Ceci a apporté une plus grande crédibilité aux logiciels libres, mais surtout a permis aux éditeurs de logiciels propriétaires de trouver en face d’eux des interlocuteurs avec qui le dialogue est plus aisé, car parlant le même langage. Les acteurs traditionnels du libre avaient la fâcheuse habitude de mettre plus l’accent sur la philosophie que sur le service aux utilisateurs ou la rentabilité. Par conséquent, on imagine mal ce genre de partenariat entre la FSF et Microsoft, par exemple.

Bien sûr, il ne faudrait pas se laisser aller à rêver trop loin. Malgré tous les signes d’ouverture en direction du monde du libre, Microsoft est et restera toujours Microsoft avec tout ce que cela implique. Mais nous vivons dans un monde hétérogène par nature, et complexe, où il est toujours profitable qu’un équilibre s’établisse entre les forces en présence. Ce qu’il faut en retenir, c’est la reconnaissance réciproque de la qualité des solutions libres et propriétaires, et le respect mutuel qui en découle.

5 réflexions sur “Maintenant que vos fils et vos filles vont la main dans la main

  1. Non, c’est l’argent, les intérêts et le Nkap… Tout ça pour rejoindre Etum. On n’est pas dupe. Même ces logiciels dits libres ont une gratuité limitée au type d’activité. Vous pensez qu’un serveur linux pour par exemple piloter une navette de la Nasa n’a aucun caractère propriétaire? J’en doute fortement

  2. Mais bien sûr qu’il s’agit de bizness, d’intérêts et d’argent. Et c’est justement pour ça que lorsque ceux qui donnent cet argent, ie les clients (souvenez-vous, ceux qui sont rois), commencent à être nombreux à prendre une certaine position, il faut en tenir compte. Et c’est aussi parce qu’il est question d’argent qu’on ne se lance dans un partenariat qu’à condition d’avoir un interlocuteur crédible, et avec qui on est sur la même longueur d’onde. Je ne vois pas là où vous voyez la contradiction.
    Quant à la NASA, ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, si elle veut utiliser un logiciel libre, elle télécharge sa copie et elle en fait ce qu’elle veut, sans que cela n’influence les autres utilisateurs du même logiciel. A part certains domaines très pointus, ce qu’on protège c’est les données, et non les programmes qui manipulent les données.

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