La citation du jour

La première chose qu’on doit apprendre en lisant les livres qu’écrivent ceux qui ont réussi à propos de leur réussite, c’est qu’il ne faut pas prendre ce qu’ils disent au pied de la lettre.

Parce que si eux s’étaient contentés de lire un livre et de faire ce qui y est écrit, ils n’auraient jamais réussi comme ils l’ont fait.

2 ans déjà!

C’était le 14 septembre dernier. Cela faisait exactement 2 ans que ce petit bout de chou illumine ma vie.

Pour l’occasion donc, j’ai été à sa crèche pour partager son gâteau avec ses petits copains, et c’est là que cette photo a été prise.

Maelys & Dad

Maelys & Dad

PS1: Le 14, c’est la petite, et le lendemain, c’est autour de Dad de tourner une page de plus.

PS2: Peut-être trouverez-vous que le flou n’est pas très artistique, mais j’adoooooore!!

Moi aussi je t’aime – I

– Je crois que je suis amoureux de Lenaëlle.

– Quoi?! Mais… tu es tombé sur la tête?!

– Je suis très sérieux, Eddy.

– Ah non! Tu ne peux pas être sérieux quand tu dis ça, Nino. Tu parles quand même de la deuxième femme du Cameroun! Et puis, qu’est-ce que ça vient chercher en plein milieu d’une équation de Schrödinger?

Il avait raison sur ce dernier point. Ils étaient en pleine révision pour les examens qui auraient lieu dans deux semaines, lorsque Nino avait failli les faire tomber de leurs chaises avec cette petite phrase. Il faut dire que Lenaëlle, c’était l’une des filles les plus épatantes que l’on ait jamais vu dans cette ville. La simplicité et la gentillesse incarnées, mais un franc parler et une force de caractère qui ressortaient lorsque la situation l’exigeait. C’est ce qui lui avait valu le surnom de la deuxième femme du Cameroun. Elle était aussi la preuve vivante qu’ils (Théo et Eddy) n’étaient pas aussi irrésistibles qu’ils le pensaient. Et pourtant à eux deux, ils avaient accroché à leur palmarès quelques unes des plus belles filles de la ville. Théo s’y était aventuré le premier. Sans avoir obtenu un seul rendez-vous, avait reçu un refus poli mais ferme. Non, merci, pas du tout intéressée. Une première. Blessé dans son orgueil, il avait convaincu Eddy de faire une exception à leur « pacte de non agression », qui voulait que l’un ne fasse jamais la cour à la même fille que l’autre. Entre temps, Etum, un beau gosse et un concurrent d’un quartier voisin, s’était pris un coup de tête mémorable, qui avait fait de lui la risée de toute la ville. Il avait prétexté une affaire de famille dans une ville voisine, et n’était jamais revenu. Refroidi par cet épisode, Eddy avait finalement renoncé; au moins il conserverait le bénéfice du doute, et pour cela, Théo avait été prié de ne jamais dire à quiconque quelles avaient été ses intentions.

– De toute façon, si vous ne m’aidez pas à tenter ma chance, j’irai sans vous, et vous préparerez vos examens sans moi.

– Tu ne peux pas nous lâcher comme ça. Les examens c’est dans deux semaines.

– C’est à vous de voir.

Pour Eddy et Théo, cette fermeté de ton était surprenante et inhabituelle chez Nino. Complètement en contraste avec sa réserve, voire sa timidité. Son truc à lui, c’était les équations, et la technologie. Depuis qu’Internet s’était installé au pays et que les antennes de transmission avaient fleuri à peu près partout dans la ville, il marchait en scrutant constamment le ciel. Dès qu’il en apercevait une, il donnait avec exactitude sa marque, son modèle, son fabricant et ses caractéristiques techniques, avec souvent quelques commentaires sur les avantages qu’il y aurait eu à la positionner différemment. C’est d’ailleurs ce qui avait causé sa rupture avec Natty, la seule copine qu’on lui connaissait jusqu’ici. Il est pourtant si gentil, avait-elle dit en le quittant. Et lui n’avait pas très bien compris comment un si grand savoir, une qualité en somme, pouvait être à l’origine d’une rupture. Déçu, il s’était éloigné de la gent féminine, pour se consacrer à ses études. Avec succès, puisque non seulement il réussissait brillamment, mais il était de loin le meilleur. C’est justement ce qui avait poussé Eddy et Théo à se rapprocher de lui. Ils révisaient leurs cours ensemble, ce qui leur permettait d’avancer beaucoup plus vite.

– Ok, c’est promis on t’aidera. Mais pour le moment, concentrons-nous sur nos révisions. Je n’ai plus le droit à l’erreur pour ces exams.

C’est sur cette promesse qu’il avaient clos le sujet. Dès les examens terminés, Nino était revenu à la charge, avec tellement d’insistance qu’il était impossible de lui tenir tête. Il devait vraiment avoir cette fille dans la peau. Alors Eddy et Théo avaient cédé, tout en se disant que de toutes les façons, cette histoire allait mal se terminer, très mal se terminer. Au moins, ils essaieraient de lui éviter une chute trop dure. Pauvre Nino, il s’en sortira très certainement avec un cœur en lambeaux, même si on pouvait espérer que Lenaëlle ferait tout pour que ça se passe en douceur. Mais il fallait pour cela que son comportement soit irréprochable lors de leur rencontre.

La préparation de l’opération Adieu les Marcotti, ainsi baptisée par Eddy, s’était déroulée dans le plus grand secret. Avec la plus grande discrétion, Eddy et Théo avaient réuni tous les renseignements qu’ils avaient pu sur Lenaëlle, en plus de ce qu’ils savaient déjà. Ses goûts, ses petites habitudes, ce qu’elle détestait, tout avait été soigneusement étudié, car il ne fallait laisser aucun détail au hasard. Ils avaient ensuite briefé Nino sur tout: ce qu’il fallait faire, ne pas faire, ce qu’il faillait dire, ne pas dire. La gestuelle, la diction, tout avait été minutieusement mis au point par les deux spécialistes. Cependant, ils avaient tenu à ce que ce soit Nino qui décide lui-même du moment de se lancer dans l’arène.

Première bonne nouvelle, Lenaëlle avait accepté le rendez-vous tout de suite, presque sans hésiter. Première mauvaise nouvelle, elle avait préféré que ça se passe chez Mama Tecla, plutôt qu’au Select, comme il le lui avait proposé; de mémoire de chaud gars, personne n’y avait jamais conclu une affaire digne de ce nom. Première consolation, le koki plantain mûr que Mama Tecla avait servi ce jour était un vrai délice; on l’aurait dit spécialement fait pour l’occasion. Première bonne surprise, Nino s’était comporté de façon irréprochable: certes un peu fébrile, mais attentionné, drôle, un peu charmeur même. Mais surtout, il n’avait pas dit un seul mot sur les antennes de transmission. Le rapas terminé, ils avaient marché ensemble dans la nuit douce, tout en discutant encore. De temps en temps, l’épaule de Lenaëlle venait heurter doucement la sienne, et elle souriait, avec ce regard dans lequel il croyait voir de la tendresse. Ensuite, il y a eu ce silence pendant lequel Lenaëlle contemplait les étoiles dans le ciel, tandis que Nino se préparait mentalement pour le dernier acte. S’arrêter, lui prendre les deux mains, la regarder droit dans les yeux, et lui dire ce qui lui brûlait les lèvres depuis tout ce temps. Et surtout, ne pas oublier de terminer par cette phrase:

– Tout ça pour te dire, Lenaëlle, que je t’aime.