Doomedo sur Africa 2.0

J’ai récemment eu l’honneur d’être interviewé par Etum sur son blog Africa 2.0 pour présenter Doomedo, et parler de ses perspectives de développement.
Pour lire l’interview, c’est par ici.

Cette interview marque le début d’une nouvelle phase dans le développement de Doomedo, dont l’objectif est désormais de s’étendre dans d’autres pays d’Afrique francophone après presque deux années sur le marché camerounais. Doomedo est donc à la recherche de partenaires pour accompagner son expansion en Côte d’Ivoire, Sénégal, Gabon, Congo, Bénin, Togo, etc.
Les entrepreneurs intéressés par un partenariat sont invités à prendre contact pour en discuter, à l’adresse partner@doomedo.com ou contact@doomedo.com.

J’en profite pour tirer un coup de chapeau à tous les membres de la Core Team et aux partenaires Doomedo pour tout le travail abattu jusqu’ici, et dire merci à tout ceux qui nous ont soutenus. Merci à toi aussi, Etum.

La preuve par l’adversaire(*)

Voici un bon bout de temps déjà que j’avais arrêté de m’intéresser aux débats des camerounais, surtout ceux de la diaspora, sur les sujets qui touchent à la situation de notre pays. J’avais arrêté, ou alors je suivais ça de loin, parce qu’un simple coup d’oeil permettait généralement de faire le même constat: rien de nouveau. Ou alors, un de temps à autre qui trouvait une façon encore plus originale de profiter de la pluie pour chier dans le torrent. Depuis quelques jours cependant, ces sujets reviennent aux devants de mes préoccupations parce que pour la première fois depuis très longtemps, vraiment très longtemps, j’ai lu quelque chose de nouveau, mais aussi de pertinent les concernant.

L’article est sur le net depuis quelques jours déjà. Il est signé de Suzanne Kala Lobé, journaliste camerounaise. Sur cameroon-info.net, l’article compte 121 réactions à l’heure où j’écris ces lignes, signe qu’il a touché quelque part où à défaut de faire mal, il fait au moins réagir. Et comme il fallait s’y attendre, il s’est trouvé dans la diaspora quelques plumes pour  user du droit de réponse. On trouve les réactions, du moins celles dont j’ai eu connaissance, , , et enfin . Après les avoir lues, je m’auto-proclame un instant juge pour disqualifier les deux premières pour coups en dessous de la ceinture, et la troisième pour hors sujet. On va donc s’intéresser uniquement à la dernière, ou plutôt à un détail dans la dernière que j’ai trouvé assez révélateur.

Avant d’y arriver, je crois qu’on aura tous compris que je souscris presqu’entièrement au propos de Suzanne Kala Lobé, à la différence que je ne logerais pas toute la diaspora à la même enseigne. Il en existe qui mènent des actions remarquables au pays, obtiennent des résultats encourageants voire satisfaisants. On doit toutefois reconnaître que ces cas tiennent plus de l’exception que de la règle. Donc disé-je, un détail dans le dernier article a attiré mon attention; disons plutôt deux détails, puisqu’il s’agit des deux derniers points du mémorandum(**), que je reprends ici.

– aménager des centres d’exploitation et de financement par la diaspora de grands projets au Cameroun (usines, etc.)
– faciliter les Camerounais de l’extérieur à investir au Cameroun, agréments rapides, titres fonciers.

Ces deux lignes suffisent amplement à donner raison à Suzanne Kala Lobé. Parce que c’est vraiment mal connaître le camerounais, mal connaître ses manies, et mal connaître son rapport à la diaspora et son rapport à ce qui relève du pécuniaire, que d’imaginer qu’il va se lever un matin et octroyer comme-ça, sans contre-partie aucune, des avantages exclusifs à la diaspora. Pour illustrer, il y a des camerounais qui ont proposé, plusieurs fois, à des responsables d’universités, de venir partager gratuitement leur savoir avec des étudiants, sous forme de travaux dirigés express ou de conférences. Chaque fois qu’ils ont reçu des réponses, ça a été pour leur opposer un refus catégorique, pour des motifs divers.

Derrière cette première erreur se cache une autre, et il s’agit là d’un avis personnel. Qu’on se le dise, être de la diaspora, quelque soit la définition que l’on donne à ce terme,  ne relève en aucun cas du mérite. Contrairement au fait par exemple d’avoir obtenu un diplôme d’une université reconnue, d’avoir fait ses preuves dans une entreprise reconnue, dans un domaine reconnu, ou bien d’avoir soi-même monté une activité pérenne. Dès lors, obtenir des avantages de quelque nature que ce soit sur la seule base de cette particularité relève de l’arbitraire et de l’injustice, qui sont justement ces maux qu’il est de bon ton de dénoncer dans la diaspora lorsqu’on discute de la situation du Cameroun.  On peut s’étonner dès lors qu’en même temps qu’on demande des changements, que l’on affiche, très certainement de façon inconsciente, des comportements qui sont ceux qu’on affirme vouloir changer. On peut même se demander si cela ne dérive pas d’un certain complexe de supériorité de la diaspora; mais je laisse cette question à des spécialistes du comportement humain. Il n’en demeure pas moins, pour ceux qui connaissent un peu le Cameroun, qu’il suffirait de donner cette impression lorsqu’on s’y trouve pour que les barrières les plus insoupçonnées de lèvent pour bloquer des initiatives, aussi brillantes soient-elles.

Je vois d’ici les mauvaises langues me tomber dessus en hurlant à la mort, et me classant illico dans leurs longues listes des gens qui parlent, mais ne font rien. Alors, je propose comme ça que dans le mémorandum sus-cité, que l’on demande des facilités à investir pour tout camerounais, quelque soit son pays d’attache (y compris le Cameroun donc), désireux d’investir dans son pays, pour peu qu’il ait fait montre de réelles capacités à mener le projet qui est le sien. Et de même, lorsque l’on se bat, que ce soit pour tous les camerounais sans distinction. En pratique, on en reviendra finalement au même point, car la puissance de frappe financière et intellectuelle de la diaspora camerounaise n’est plus à démontrer. Cependant, on aura évité de froisser la susceptibilité de gens dont la capacité de nuisance n’est pas non plus à démontrer.

(*) La preuve par l’adversaire, c’est ce qui arrive lorsqu’une personne souhaitant combattre une idée se comporte dans le même temps, très souvent de façon inconsciente, de façon à la conforter. Je n’ai pas cherché, mais je doute fort que ce concept ait été ainsi nommé avant que cet article ne soit écrit.
(**) Je n’ai pas très bien saisi au nom de qui l’auteur parle en disant notre mémorandum. Du coup, je parle simplement du mémorandum.

Allô Paris? Ici Yaoundé, passez-moi Douala, svp

Ou les paradoxes des évolutions d’Internet au Cameroun

Souvenons nous, c’était dans les années 80, le téléphone fixe était encore, étant donné la rareté des lignes et les tarifs, un produit de luxe réservé surtout à l’administration, aux entreprises, et à quelques nantis. Mais surtout, le réseau téléphonique du Cameroun a à cette époque une particularité qui a inspiré bien des commentaires, et même des blagues populaires. En effet, il n’y a pas de ligne directe entre Yaoundé et Douala, les deux principales villes du pays.  Et pour appeler de l’une à l’autre, il faut passer par … Paris. Ainsi est né le fameux « Allô Paris? Ici Yaoundé, passez-moi Douala, svp » qui donne son titre à ce texte. Bien évidemment, cette petite singularité a un coût, qui est répercuté sur les utilisateurs, ce qui accentue encore l’inaccessibilité du service.

Fort heureusement, aujourd’hui, et depuis longtemps déjà, les choses ont changé. Le Cameroun dispose désormais d’un réseau de téléphonie national qui couvre la quasi-totalité des villes du pays. Les prix ont considérablement baissé, bien que le taux de pénétration reste faible (0.69% en 2002 selon l’ART). On en est donc plus à passer par Paris pour se rendre de Yaoundé à Douala. Du moins, en ce qui concerne le téléphone fixe, parce qu’entre temps, il y a eu cette révolution, cette merveille de technologie qui fait que vous être en train de lire ces lignes: Internet.

Internet

Internet pour le grand public arrive au Cameroun vers 1997-1998. Les premiers cybercafés ouvrent leurs portes à Douala et à Yaoundé, et le camerounais lambda, en payant entre 2.000 et 3.000 FCFA de l’heure, découvre le world wide web, l’email, les chats. Les stars de l’époque s’appellent Yahoo, Altavista, Caramail, Lycos, Excite. Elles ont tôt fait d’être adoptées localement, et on commence à s’échanger se donner rendez-vous dans les chats, à communiquer via les adresses électroniques, bref, on prend le train en destination du village planétaire. Avec un peu de retard, certes, mais on le prend tout de même.

Un peu plus d’une dizaine d’années après, la situation a de nouveau changé. Les cybercafés se trouvent à tous les coins de rue, le tarif a pratiquement été divisé par 10, et le scénario d’un taximan qui rentre chez lui, se connecte sur un service web sécurisé pour enregistrer sa recette du jour que le patron pourra consulter 5 minutes plus tard ne relève plus de la science-fiction. Quant aux adresses email, tout le monde en a une. Même le cousin et la grand-tante du village. C’est dire si Internet est à la portée du commun des camerounais, ce dont on peut s’en féliciter, et on ne s’en prive pas, d’ailleurs.

Sauf que

Les stars d’Internet, elles s’appellent désormais Yahoo (un des rares rescapés de la première heure), et Gmail. Elles sont bien sûr américaines, comme dans le cinéma et le rap, mais se déclinent également en version française. Et elles ont une petite particularité intéressante: tous les mails que nous échangeons transitent obligatoirement par leurs serveurs.

« Allô Paris? Ici Yaoundé, passez-moi Douala, svp« , c’était il y’a 25 ans. 25 ans de progrès donc, pour qu’en 2009 l’email qui part de Yaoundé pour Douala passe encore par … Paris. À moins que ce soit San Francisco. Vous avez dit progrès?